Les personnes qui ont déjà voyagé savent que le plus difficile quand on voyage avec des enfants est de trouver le bon rythme. Vous ne voulez pas planifier chaque jour pendant 6 mois si vous ne voulez pas rentrer épuisé au bout de 6 mois. Mais, vous avez aussi envie de découvrir ces pays que nous ne visiterons probablement plus jamais.
C’est un équilibre. Un rythme. Un rythme qui doit fonctionner pour nous et pour les enfants. Pas toujours évident à trouver. Bien sûr, nous avons des idées de destinations pour chaque journée, mais nous gardons délibérément de la place pour adapter notre programme quotidien à notre humeur, à notre énergie mais aussi aux imprévus qui se présentent à nous. Et parfois, c’est comme à la maison : on traîne dans sa chambre ou dans un hamac, on lit sa liseuse, on colorie ou on dessine un peu, on regarde un film ou le journal télévisé, on boit un thé ou on se promène (pour Anna et Arthur, cela signifie : on cherche une plage ou un terrain de jeux).
Pour nous, une journée se déroule de la façon suivante. Se réveiller vers sept heures et demie, manger un œuf dur, un concombre et du pain libanais avec du Houmous pour le petit-déjeuner. Ensuite, maths, langue, orthographe et géographie/histoire pour les devoirs (jusqu’à 11 heures environ). Faire des projets avec une tasse de thé. Dans l’après-midi, recherche d’un restaurant pour un bon déjeuner. Dire “Merci” au serveur 10 fois. Choisir son jus de fruits frais préféré. Lire un livre. Boire encore plus de thé. Pour les enfants, demander si on peut jouer à un jeu au téléphone. Pour nous, faire un peu d’administration sur la suite du voyage ou écrire un peu sur le voyage et nos impressions. De temps en temps, il faut faire une lessive. S’occuper du dîner vers 19h et ensuite aller se coucher.
Voyager signifie parfois ne pas faire grand-chose et se laisser porter par la journée, comme aujourd’hui. Nous sommes désormais à Ras al Hadd, à l’extrémité Sud-Est de la péninsule arabique. Ce cap sépare la mer d’Oman à l’Est de l’océan Indien au Sud. La Guest House Orchid que nous avons trouvée hier avec difficulté est un havre de paix. Une grande terrasse ombragée, la lumière et l’air gras de bord de mer. Une tente bédouin pour les soirées fraîches et une balancelle pour regarder les ombres filer sur le sol avec le soleil. On y a posé nos valises pour 2 jours avec plaisir. A 100 mètres se trouve la plage et avec le vent qui s’est levé nous entendons le tumulte des vagues au loin.
Ce matin, nous sommes allés visiter la réserve des tortues vertes de Ras al Jaz. Oman a décidé de protéger ces tortues qui sont en danger et qui viennent pondre leurs œufs toutes les nuits de l’année sur cette plage où elles ont elles-même vues le jour des dizaines d’années plus tôt.
Nous attendons dans la nuit avec notre guide, silencieux et mal réveillés. Le réveil qui devait sonner à 3h45 n’a pas eu besoin d’être éteint. Comme toutes ces nuits où l’on sait que le peu de sommeil que l’on peut prendre est précieux, je n’ai pas dormi. J’ai repensé à mes impressions de voyage toute la nuit. Tout à coup notre guide reçoit un appel.”Follow me!” Nous suivons le faisceau lumineux. Partout nous voyons des monticules de sable et des trous laissés par toutes les tortues qui nuit après nuit viennent pondre leurs œufs. Nous voyons maintenant distinctement une masse lisse et sombre qui tente laborieusement de rejoindre la mer. L’image nous touche tous. Elle avance avec difficulté, se reposant de temps en temps et reprenant son souffle. Elle n’a pas eu le temps de pondre et à fait tout ce chemin et ce trou pour rien. Le jour se lève et il faut qu’elle retourne à l’eau. Elle reviendra ce soir et recommencera. Les enfants ne disent rien et la suivent en processions jusqu’à la mer où elle disparaît dans les vagues.

Puis nous attendons sur la plage que le soleil se lève sur l’océan Indien. Les enfants n’ont pas beaucoup dormi et nous commençons à rire et à dire des bêtises.
Nous avons comme compagnons des mouettes qui attendent l’éclosion des petites tortues et un renard du désert qui lui aussi a faim. Mais pas de tortues au menu aujourd’hui. Le renard nous regarde au loin et s’en va sans que nous puissions l’apprivoiser.
Sur le chemin du retour qui nous ramène au centre d’accueil de la réserve, les enfants demandent pourquoi nous n’avons pas aidé la tortue. Pourquoi si peu de petites tortues survivent après l’éclosion. Ils trouvent que les poissons qui mangent les tortues sont méchants. Nous leur expliquons le rôle de ces poissons pour l’équilibre de la nature. Un équilibre bien fragile qu’il faut respecter. Chaque animal a son rôle dans la chaîne alimentaire.

Les enfants sont naturellement attentifs aux animaux et à leur destin. Ils observent et ne comprennent pas toujours l’attitude des gens face aux animaux. Il peut s’agir d’un âne vagabond au bord d’une route jordanienne, de l’oreille égratignée d’un chien lors d’une dispute de territoire entre chiens de village, de chats errants à la recherche de poubelles alléchantes ou de groupes de chèvres dans un village omanais qui ramassent et mangent tout les détritus qu’elles trouvent. Finalement les animaux ont une vie indépendante des hommes ici. Et parfois aider c’est ne rien faire.
A 8 heures, nous sommes de retour à la maison. Il n’y a rien de plus au programme. Traîner, faire une petite sieste, boire du thé et lire dans le hamac. Un rythme tout aussi lent que celui de la tortue qui retourne lentement à la mer.
Et, si cela dépendait d’Anna et d’Arthur, peut-être un petit tour au parc à jeux.
