S’il y a une chose qui a particulièrement fasciné les enfants lors de ce voyage, ce sont les animaux. Les chiens et les ânes en Jordanie, les tortues de mer et les chameaux à Oman, les éléphants au Sri Lanka, les ours et les bisons en Amérique. Cela fait donc longtemps qu’ils attendaient avec impatience leur premier safari en Namibie. Et leur longue attente a été récompensée.
The Big (le grand).
Voilà une heure et demie que nous sommes assis dans le 4X4 de notre guide et que nous contemplons le spectacle de 5 lionnes dévorant un gnou. Elles sont allongées côte à côte, trois d’un côté, deux de l’autre. De temps en temps, l’une rugit et s’énerve pour défendre son bout de viande lorsqu’une des lionnes essaie de lui prendre sa part du repas. Une hyène et deux chacals attendent leur tour et deux autres lionnes patrouillent au loin. Anna est la plus attentive. Elle semble subjuguée par le spectacle. Il fait pourtant froid au petit matin à Etosha, au Nord de la Namibie. A nouveau, nous nous sommes levés avant l’aube, avons rencontré notre guide Ismaël et sommes partis à la recherche d’animaux sauvages. “No promises. These are wild animals but I’ll do my best and if we are lucky, we’ll see some of the Big Five.” (Pas de promesses. Ce sont des animaux sauvages. Je ferai de mon mieux et si nous sommes chanceux nous verrons certains des Big Five).



Les Big Five, lion, rhinocéros, éléphant, léopard et buffle africain. C’est ce que tout le monde espère voir. Hormis les buffles, Etosha regorge d’éléphants, de rhinocéros blancs et noirs, de léopards et bien sûr de lions dont ils estiment la population à environ 2000 lions. Mais avec 20.000 km2 de réserve, soit la moitié de la superficie des Pays-Bas, ces animaux restent difficiles à observer. Seule la partie sud du parc est accessible, le reste est une grande étendue de nature sauvage, un paradis pour les animaux et l’un des plus grands parcs naturels du monde. Après deux jours de déambulation à travers le parc dans notre 4×4, nous avons vu (beaucoup) d’éléphants, (quelques) rhinocéros, (beaucoup) de girafes, (d’innombrables) zèbres et antilopes allant du springbok au koudou et à l’oryx. Le deuxième jour, nous avons même eu de la chance de croiser la route de deux lions en balade. Un mâle et une femelle traverse tranquilement les hautes herbes. Plus tard dans l’après-midi, alors que nous nous trouvons près d’un grand point d’eau, Anna nous donne une leçon sur le monde sauvage de Freek (une émission pour les enfants sur les animaux sauvages). Il est 14 heures, il fait chaud et plusieurs groupes d’éléphants viennent se rafraîchir près d’une mare. Un premier groupe d’environ 15 éléphants, dont un mâle et deux jeunes, est déjà en train de boire lorsqu’un autre mâle arrive de la plaine. Nous nous préparons à un affrontement musclé entre les deux mâles, mais Anna nous dit : “Ils ne vont pas se battre. Regardez, cet éléphant met sa trompe sur ses défenses, ça veut dire qu’ils sont amis”. Je regarde Anna avec surprise, puis je me retourne vers les éléphants. Et voilà qu’ils se donnent quelques coups de trompe amicaux, puis continuent à faire ce qu’ils faisaient. Fièrement, Anna nous regarde et dit : “Tu vois, je te l’avais dit”.





Pour augmenter nos chances de voir le reste des Big Five, nous décidons de faire un game drive le dernier jour et de partir en safari avec un guide professionnel. Ils connaissent le parc mieux que quinconque et s’appellent si l’un d’entre eux tombe sur quelque chose d’intéressant. C’est la bonne décision. Sans ça, nous serions passés à côté de ce spectacle unique. Un kill, comme l’appellent les guides, est un vrai bonus sachant que les lions ne sont actifs que 4 heures par jour et qu’ils ne mangent pas tous les jours. Nos lionnes ont tué un gnou. “Le gnou fait partie des Ugly five (5 moches) comme la hyène, nous dit Ismaël. En Afrique, on dit qu’il est le dernier animal créé par Dieu qui a utilisé des restes de viande des autres animaux pour le faire.” Nos lionnes ont l’air de se régaler et, d’une certaine façon, nous aussi.
Retour au campement. Etosha est un endroit unique pour camper. Fermé la nuit et entouré de barrières électrifiées pour éviter les intrusions d’animaux sauvages, chaque camping dispose d’un point d’eau où les animaux sauvages viennent se désaltérer. Des bruits étranges, des rugissements sauvages se font entendre alors que vous êtes au chaud sous votre couette. Et au petit matin ou à la tombée de la nuit, tous les campeurs et résidents se retrouvent en silence pour contempler le spectacle de la nature. Quel spectacle ! Le premier soir nous observons en ombres chinoises dans le ciel austral d’un orange intense, une vingtaine d’éléphants venus se baigner. Ils arrivent à travers la savane en se tenant par le queue. Les enfants sont émerveillés. Puis ce sont les girafes qui arrivent au loin. Elles attendent leur tour et ne s’approchent qu’une fois les éléphants partis. Habituellement si gracieuses et élégantes, elles deviennent vulnérables et pataudes au bord de l’eau, écartant leurs pattes avant pour pouvoir boire chacune à leur tour.
Le second soir nous admirons dans la nuit 4 rhinocéros. Ces animaux sont fascinants. Leur force contraste avec leur calme et leur tranquillité. Tout est lent chez eux. Leurs oreilles sont à l’affût du moindre bruit. A chaque bruit, ils s’arrêtent, regardent autour d’eux et attendent le silence pour boire, se baigner ou brouter. Deux rhinocéros décident de prolonger leur baignade tard dans la nuit et nous retournons les voir une fois les enfants couchés. Ils sont encore jeunes et de temps en temps se donnent un coup de corne ou grondent. Nous ne savons pas si ce sont des marques d’affection ou de force mais nous sommes fascinés. Puis, soudain l’un d’entre eux se retourne et commence à marcher dans ma direction, droit vers moi. Subjuguée, mesurant ma chance, je ne bouge pas et j’ai confiance qu’il n’ira pas plus loin que le petit muret et la barrière électrifiée. Il pourrait facilement passer le muret et la clôture s’il le souhaite et j’en suis bien consciente. Je ne bouge pas. Il s’arrête à moins de 2 mètres de moi. Sa corne touche la clôture. Il me sent, me regarde et nous le regardons tous sans bouger. Quel incroyable moment. Il semble vouloir nous dire qu’il sait qu’on l’observe et que c’est lui qui décide. Évidemment il y a toujours 2 idiots pour venir se coller à nous et faire un selfie avec le rhinocéros. Décidément ces humains, ils ne comprennent rien.



The Small (le petit).
La nature est belle en Namibie, diverse et variée comme ses paysages. Quelques jours auparavant nous avions fait un autre type de safari. Un safari dans le désert de Swakopmund, un désert en bord de mer. Là, pas de Big Five mais des Small Five. Accompagné d’un guide, nous avons parcouru le désert à la recherche des petites bêtes qui l’habitent.
Nous avons déterré de leur cachettes un gecko translucide qui ne sort que la nuit et qui nous a regardé avec ses grands yeux étonnées, puis un lézard sans pattes argenté vivant sous le sable des dunes et enfin quelques serpents venimeux que nous avons dérangés. Le plus souvent terrés en haut des dunes, ces petites bêtes attendent les scarabées et araignées de passage venu chercher un peu d’humidité. Les enfants et nous même ne nous assirons plus sur le sommet des dunes comme nous l’avons fait à Sossusvlei sans vérifier que nous ne dérangeons personne. Nous avons aussi découvert la fragilité extrême de cet environnement et comment les traces des pieds et des roues restent visibles presque 100 ans plus tard, détruisant le désert et sa vie.
Angus notre guide nous parle avec passion du désert et de la vie qu’il abrite, il nous demande de marcher dans les traces des autres, de suivre les pistes déjà ouvertes. De temps en temps il laisse tomber dans nos mains un lézard, un gecko ou un scarabée. Il nous parle du sable, des dunes, de leurs couleurs, de l’humidité récolté par les plantes et les insectes. Tous ont des stratégies étonnantes pour survivre dans cet environnement hostile. Ces petites bêtes nous ont appris tellement sur le désert et les enfants sont encore plus heureux quand nous repartons à travers les dunes et que Angus fait de belles accélérations pour éviter de s’enfoncer dans le sable mou.





The Ugly (le laid).
Waterberg Plateau est notre prochain arrêt après Etosha. Etosha nous a comblé au-delà de nos espérances. Nous n’imaginions pas voir autant d’animaux d’aussi près. C’est mon tête à tête avec le rhinocéros qui reste pour moi l’image la plus forte. De tous les animaux, le rhinocéros est celui qui me touche le plus. Alors, quand nous avons la possibilité de faire une marche sur les traces des rhinocéros de Waterberg, nous décidons à nouveau de nous lever tôt malgré le froid perçant du petit matin (-4 degrés au thermomètre) et de suivre Wesley notre guide pour une marche à travers la savane. Nous croisons quelques girafes, des impalas, des phacochères, des dik-dik (adorables petites antilopes à peine plus grandes qu’un chien). Puis Wesley s’enfonce dans le bush. Il a trouvé les empreintes de rhinocéros. Nous les suivons. Puis les voici, papa, maman et les 2 enfants rhinocéros qui se reposent.
Le mâle est allongé et dort paisiblement, les autres broutent tranquillement. Nous voyons à leurs oreilles qu’ils sont attentifs à notre présence et nous sommes impressionnés par leur taille. “Restez en groupe et tout ira bien” nous dit Wesley. Mais je ne suis pas rassurée de la proximité d’un animal aussi imposant. Tour à tour les rhinocéros s’allongent par terre et commencent à dormir. Ils ont été actifs pendant la nuit. Il est maintenant l’heure de se reposer. Ils font à peine attention à nous. Wesley nous explique les caractéristiques des rhinocéros. Il s’agit de rhinocéros blancs. Ils ne mangent que de l’herbe. Le rhinocéros noir est plus grand car il mange des feuilles. Leurs cornes sont différentes ainsi que leur caractère. Le rhino blanc a une plus grosse corne que le rhinocéros noir et son caractère est plus calme.
Ce qui fait sa force finit par devenir la raison de sa perte. Les rhinocéros sont en voie d’extinction. Ils sont faciles à approcher et à tuer. Wesley commence à s’agiter en nous expliquant que 11 rhinocéros ont été tués à Etosha par des braconniers il y a trois jours. Nous y étions. “Comment est-ce possible de tuer un animal aussi beau et aussi doux ? Qui est notre fierté et qui crée du travail en attirant chaque année des touristes du monde entier pour le voir… Comment pouvons-nous être si stupides ? La plupart de nos enfants n’ont même jamais vu ces animaux et n’auront probablement pas la chance de les voir si ça continue!” Wesley est énervé et son discours nous touche, même si je préfèrerai qu’il le fasse un peu plus loin des 4 énormes rhinocéros qui dorment paisiblement juste devant nous.




Pour protéger ces animaux, certaines réserves cachent leur nombre et disposent de gardes armés. Mais la corruption et une pauvreté endémique permettent aux braconniers de bénéficier de la complicité de certains rangers, gardes ou policiers. Seule l’éducation peut permettre une prise de conscience de l’importance de la protection des animaux sauvages nous explique Wesley. “Pourquoi est-ce qu’ils tuent les rhinocéros ?” demande Arthur. Pour leur corne. Ils les envoient en Chine et au Vietnam où ils pensent que cela guérit le cancer ou d’autres maladies. Et c’est vrai ? C’est alors que l’un des guides nous explique que la situation est encore pire maintenant que l’Organisation Chinoise de la Santé a remis ce remède traditionnel sur la liste des produits autorisés. Jurgen et moi nous regardons ahuris. Comment est-ce possible ? C’est affreux.
Rhinocéros, girafes, éléphants, gnous, hyènes, lions, léopards, antilopes, phacochères, zèbres, serpents, gecko, lézards, scarabées et ces oiseaux colorés font partie de ces paysages vierges que nous avons traversés pendant trois semaines et demi. Qu’ils soient petits, grands ou moches, comme certains le disent, ils sont fascinants et rendent ces paysages encore plus majestueux. Finalement, la vraie laideur n’est créée que par les hommes.
Les enfants aiment les animaux et quelle chance ont eu nos deux juniors rangers de voir ces magnifiques animaux dans la nature, là où ils sont les plus beaux.
