Voyage autour du monde en 180 jours

On l’a fait !

Nous sommes à nouveau à Windhoek. Nous nous sommes installés à l’hôtel, en attendant notre vol de retour. Les enfants sautent sur le lit, jouent avec leurs peluches et un peu plus tard, ils s’allongent en regardant des dessins animés à la télévision. La chambre d’hôtel est pleine d’affaires. On se demande comment on va pouvoir tout remettre dans nos sacs. La bonne nouvelle, c’est que les bagages de Marie-Laure ont été retrouvés et que nous pourrons les récupérer à notre arrivée à Amsterdam. Demain matin, nous rendrons la voiture de location et nous serons ramenés à l’aéroport pour notre vol vers Johannesburg et finalement vers Amsterdam.

C’est un sentiment fou, tant pour nous que pour les enfants. Quand on sait que la fin du voyage approche, on n’a plus que ça en tête. Les enfants en ont parlé de plus en plus au cours des dernières semaines. Ils sont impatients de revoir leurs camarades de classe et leurs amis. Sans s’en rendre compte, ils font le compte à rebours jusqu’à la date à laquelle nous rentrerons chez nous.  Pour Marie-Laure et moi, c’est un peu différent. Nous savons ce qui nous attend aux Pays-Bas, et au fond, nous aimerions poursuivre ce voyage. Mais c’est comme ça, tout a une fin. 

Notre dernière semaine en Namibie a été magnifique, mais froide. Heureusement, nous avions vu venir la chute des températures. Déjà lorsque nous étions à Etosha, on nous avait mis en garde contre les nuits glaciales. Mais les prévisions météorologiques devaient encore chuter pendant toute la semaine suivante jusqu’à – 4 ou – 5 la nuit. Même avec les précautions nécessaires : couvertures thermiques supplémentaires, couches de vêtements par-dessus nos pyjamas, bouteilles d’eau chaude pour le lit, cela reste froid. Marie-Laure et moi avons attrapé un sacré rhume. Anna se plaint également de maux de tête et de ventre. Seul Arthur ne souffre pas du froid. 

Dans ces conditions extrêmes, il faut prendre une décision. Passer la dernière semaine de notre voyage à geler dans notre tente, ou trouver un hébergement plus chaud. Nous choisissons le confort et lorsque nous arrivons au plateau de Waterberg, nous demandons à échanger notre place de campement avec deux lodges. Ces lodges sont basiques, des tentes safari sur plancher mais avec un vrai lit et une salle de bain. C’est déjà beaucoup plus confortables et plus chauds que notre tente sur le toit du 4×4. L’eau des douches est chauffée par une cheminée à bois placée à l’extérieur sous le réservoir d’eau. Vers 5 heures du matin, une personne à peine réveillée et probablement frigorifiée se faufile dans la nuit allumer le feu et pour que nous puissions prendre une douche chaude le matin. La nuit, le froid entre par les fissures du plancher et à travers les parois de la toile de tente. On se glisse sous les couvertures jusqu’aux oreilles et nous plongeons tous dans un profond sommeil. Le matin, il est difficile de sortir du lit. Le plancher est glacé et le carrelage de la salle de bain aussi. On remercie l’inconnu qui a allumé le feu. La chaleur de la douche nous réchauffe.

La salle du petit-déjeuner est totalement ouverte sur la vallée. La vue est superbe mais les températures ne sont pas encore très élevées. Les ombres sont encore trop étirées pour que la chaleur du soleil nous permette de profiter de la vue. A cette heure glaciale du petit matin, nous aimerions qu’un mur ou une baie vitrée empêche le vent de s’inviter au petit-déjeuner que nous prenons au plus près de la cheminée au centre de la pièce tandis que la vallée se dévoile lentement sous le soleil levant. Le personnel souffre également du froid. Tous se serrent les uns contre les autres autour du four pour essayer de se réchauffer un peu. Ils nous disent que c’est la semaine la plus froide en Namibie au cours des trois dernières années. Dès que le soleil apparaît à nouveau au-dessus des montagnes, les températures grimpent et il fait à nouveau 25 degrés. Des variations extrêmes à cette époque de l’année. 

En route vers notre prochaine destination, nous voyons une indication METEORITE sur un panneau routier près de Grootfontein. Un rapide coup d’œil à la carte nous apprend que la plus grosse météorite jamais trouvée sur terre est tombée là il y a 80 000 ans, et qu’il est possible de la voir. “Je veux voir ça ! Vraiment il faut voir la météorite !” nous dit Arthur. Ok, on fait demi-tour et on prend la sortie. Les enfants ont toujours été fascinés par les étoiles, les planètes et les météorites. A l’arrivée, nous découvrons que nous n’avons pas assez d’argent en liquide pour payer les entrées mais nous sommes en Afrique et après une rapide négociation nous allons voir la météorite. Au bout du sentier se trouve la météorite de Hoba au centre d’une sorte de petit amphithéâtre.  C’est un énorme morceau de métal, composé de près de 90% de fer, le reste étant du nickel et du cobalt. Elle pèse 60 tonnes, soit deux fois plus que d’autres météorites intactes tombées dans d’autres régions du monde. Les enfants trouvent cela fascinant. Ils la caressent des doigts, la mesure, lui tourne autour. Elle est lisse, massive et elle sent le fer, une odeur qui reste sur les mains. L’idée que ce morceau est venu de l’espace et qu’il est si différent de toutes les autres pierres ici les impressionnent.

Dans la soirée, nous arrivons dans la dernière réserve animalière de notre voyage : la réserve sauvage D’Okonjima. Cette réserve fait 22 mille hectares. Elle est gérée par la Fondation Africat qui offre aux félins déplacés tels que les léopards et les guépards un refuge sûr et les prépare à un retour à l’état sauvage. Notre lodge est ridiculement luxueux, avec deux grandes chambres, deux salles de bain gigantesques, des lits king-size et deux terrasses. Les enfants sautent en l’air quand ils entrent : “Ouiiiiiiii, regarde, on a tous un lit double ! Et tu peux voir les animaux depuis ton lit”. Je fronce un peu les sourcils. C’est le énième dépassement de notre budget de voyage, qui est de toute façon dans le rouge depuis quelques semaines, mais nous n’avons guère le choix. Nous sommes bien enrhumés et toussons, alors dormir dehors n’est plus une option. Et cette réserve n’a aucun autre type de lodge. Deux énormes baies vitrées donnent sur la savane et nous sommes régulièrement visités par des animaux sauvages qui passent devant nos fenêtres pour brouter. Une mère phacochère et sa progéniture sont allongées contre le mur de notre terrasse et profitent du soleil couchant.  

Le lendemain, nous partons voir les léopards que nous n’avons pas encore aperçu. Avec notre guide, Matthew, nous montons dans le 4×4 en espérant avoir la chance de voir enfin un léopard. Une cinquantaine de léopards sont connus dans la réserve clôturée. Une vingtaine portent un émetteur et 14 sont régulièrement suivis et vus par les guides. Avec son antenne, Matthew cherche un signal.  Il faut rouler en hauteur, se déplacer et cela peut prendre un certain temps. Il nous donne des instructions, dont la plus importante est de rester dans la voiture à tout moment. Même si c’est une réserve, nous avons affaire à de vrais prédateurs. Lorsque, dix minutes plus tard, nous franchissons le portail pour entrer dans la partie fermée du parc, et que Matthew sort pour refermer le portail, Arthur demande malicieusement : “Qui va conduire si notre guide se fait manger ?” Plus tard, Matthew explique qu’il travaille dans le parc en tant que chercheur depuis des années et qu’il connaît presque tous les animaux.

Il lui faut environ une demi-heure pour capter un signal suffisamment fort et une autre demi-heure avant de trouver un léopard. C’est une femelle, elle chasse. Elle ne court pas comme beaucoup d’autres chats. Tapie au sol, elle se faufile, rampe et attend en embuscade que l’un des springboks du troupeau s’approche suffisamment pour se jeter sur lui. Elle ne se laisse distraire à aucun moment par notre présence. Sans oser respirer, nous regardons la scène à une petite distance dans la voiture. Et alors que le moment suprême approche, je vois Arthur commencer à bouger légèrement sur son siège. Il ferme les yeux et plonge la main dans son pantalon. “Je dois faire pipi”, me chuchote-t-il. ”Maintenant ?” je lui demande exaspéré. ”Oui, maintenant. Je crois que j’ai bu trop de thé”. Il refuse la bouteille que Marie-Laure lui tend. Sans se formaliser plus que ça Matthew recule lentement sur 50 mètres, prend le lit asséché de la rivière et s’arrête de l’autre côté du bosquet. Après un rapide coup d’œil dans toutes les directions, ouvre la porte pour qu’Arthur puisse sortir et marquer son territoire. Matthew rigole, “Maintenant tu as un petit bout de territoire en Namibie”. Quinze minutes plus tard, le léopard renonce à sa proie et passe également à cet endroit où un animal inconnu a marqué de son odeur le sol. Nous la suivons pendant un moment avant qu’elle ne grimpe sur une termitière et nous laisse nous approcher suffisamment pour la regarder droit dans les yeux. Le soleil descend lentement à l’horizon, l’herbe jaune de la steppe se balance doucement d’avant en arrière et le silence est absolu. Un autre moment inoubliable. Quel bel animal et quelle fin spéciale pour notre safari dans le nord de la Namibie.

Nous sommes donc de retour à Windhoek que nous n’avions pas eu le temps de voir à l’arrivée. Après nos mésaventures à l’aller, notre agence de voyage locale nous propose de faire une visite guidée pour avoir une meilleure idée de la capitale et des conditions dans lesquelles vit une grande partie de la population. En compagnie de Nathan, nous visitons le township de Katutura, le bidonville de Windhoek. Nathan nous emmène dans un marché local et nous dégustons des ” kalpana ” (petites lamelles de viande grillée sur le barbecue) avec un ” vetbol “, ce que nous appellerions une boule d’huile mais qui ressemble à un beignet non sucré. Nous terminons notre voyage dans un shabin, un petit bar local avec de la musique forte provenant d’un jukebox improvisé, une table de billard et un bar où l’on ne peut commander de la bière que dans des bouteilles d’un litre. Les habitants, qui semblent un peu surpris de voir une famille d’européens blancs lorsque nous entrons, ne tardent pas à venir bavarder avec nous et les enfants font des high-five, dansent. Ils sont heureux que nous soyons venus jusqu’ici, dans leur shabin, loin des circuits touristiques. “Totsiens, byebye”, nous disent-ils tous quand on se dit enfin au revoir.

Notre voyage est maintenant terminé. Il y a tellement de choses que j’aimerais vous dire, mais l’histoire arrive à sa fin. Ces six derniers mois ont été une belle aventure. Une aventure dans laquelle nous sommes si heureux de nous être lancés, même si, au fil des ans, nous avions toujours mille raisons de ne pas le faire. 

Notre rêve est devenu réalité, et nous en avons apprécié chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque seconde. Pouvoir faire cela avec sa famille est un privilège, une expérience de vie qui restera gravée dans nos mémoires.

Ca y est, c’est la fin. Au revoir et à bientôt l’Afrique !

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