La lumière s’éteint mais j’y prête à peine attention. Encore une coupure d’électricité. Ce soir, c’est mon anniversaire. Nous avons commandé une bonne bouteille de vin que nous apprécions après un mois et demi de sobriété dans les pays arabes.
Il y a quelques jours nous avions déjà eu des coupures de courant dues aux orages quand nous sommes arrivés au Sri Lanka. Nous sommes maintenant sous les tropiques et les orages sont parfois violents. Mais quand la lumière du restaurant s d’orage ce soir, juste un gâteau et des bougies qui naviguent prudemment vers moi suivi des serveurs du restaurant tous alignés pour me souhaiter mon anniversaire en chantant. Je vois la surprise dans les yeux de Jurgen qui me dit immédiatement « ce n’est pas moi. » Le gâteau est délicieux. Anna est heureuse. C’est tellement important pour elle que mon anniversaire soit une belle journée. « C’est toi papa ? » Non, nous découvrons finalement que c’est Benny, notre chauffeur qui a tout organisé.

Benny fait désormais partie du voyage. Il nous a accueilli à l’aéroport de Colombo à 5 heures du matin et il nous conduit partout où nous voulons aller. C’est un luxe que Jurgen apprécie après avoir été notre chauffeur familial en Jordanie et à Oman. Il peut enfin regarder le paysage.
Aujourd’hui la journée a été très chaude. Nous sommes partis visiter l’ancienne ville de Anuradhapura et la montagne sacrée à Mihintale. Pagodes, temples et autres lieux de culte. Le site est gigantesque. Il est impossible de tout voir en une journée. Et à chaque pagode nous nous déchaussons, nous couvrons nos jambes et nos épaules et nous découvrons la tête, sous un soleil de plomb et dans la chaleur tropicale. Les pieds brûlés par les dalles et meurtris par les cailloux, emmitouflés dans nos étoles et têtes exposées au soleil brulant, nous découvrons le bouddhisme. Un, deux, trois et encore un stupa. Je m’interroge. Est-ce que l’on peut rentrer à l’intérieur? Benny me répond qu’il n’y a rien à l’intérieur. Il s’agit d’une masse ronde et pleine constituée de millions de briques. Comme un sein posé sur le sol pointant vers le ciel. Quelques temples autour, des tables pour faire des offrandes de fleurs, noix de coco, fruits et autres délices dont les macaques se délectent sans rien laisser au dieu qui n’en est pas un, Buddha. Et nous tournons autour comme des centaines de Sri Lankais venus dans cette ville en pèlerinage. « C’est qui Buddha ?» me demandent les enfants. « Pourquoi il n’y a rien à l’intérieur? Qu’est-ce qu’ils chantent? Pourquoi il n’a pas de cheveux le monsieur en orange? Pourquoi il dort Buddha? Les enfants aussi sont moines? Pourquoi cet arbre a des perches en or qui soutiennent ses branches ? Pourquoi il a les mains comme ça Buddha ? Et pourquoi elles sont oranges?» Beaucoup de questions et pas de réponse.

La journée se finit à Mihintale sur une ascension vers un autre stupa en haut d’une colline où le bouddhisme est né 247 ans avant JC. Je n’ai pas envie de prendre les escaliers en plein soleil sans mes chaussures. Mes pieds prennent désormais le dessus sur ma curiosité. Je préfère prendre le chemin à l’ombre qui semble monter la colline par l’autre versant et où une famille Sri Lankaise vient de s’engager. Nous ne croisons que des locaux qui descendent et après un point de vue magnifique, je comprends vite pourquoi. Ces gens ne sont pas des pélerins. Ce sont des croyants qui rénovent un des stupas. Ils remettent de nouvelles briques et cimentent les fondations. Nous ne sommes pas là où nous devrions être. Ce chemin mène au chantier.
J’adore ces moments où une erreur nous fait voir les coulisses. Jurgen râle un peu en me reprochant d’avoir pris cette route. « Je comprends maintenant pourquoi tout le monde nous regardait.» Et alors, dans un voyage à la découverte de l’inconnu, on doit s’autoriser à se tromper.
Toute la journée, j’ai répété la même chose. On apprend… Chaque chose qui ne va pas comme on veut, c’est une leçon. Je me laisse inspirer par la journée. C’est mon anniversaire. Je souffre aussi de la chaleur mais je ne veux pas que cela prenne le dessus. Nous sommes partis trop tard, nous n’avons pas les bons vêtements. Nous aurions dû prendre des chaussettes, être mieux préparés sur ce que nous voulions visiter exactement… On peut se faire des reproches à longueur de journée mais aujourd’hui même mes erreurs me rendent heureuse. Je suis heureuse d’apprendre, de découvrir et de partager cette journée avec Jurgen et les enfants.
Nous avons finalement trouvé l’entrée, la vue est splendide et à nouveau nous n’avons que des questions. Nous regardons la forêt qui s’étend aux alentours et d’où nous voyons les pointes blanches des stupas émerger, les immenses réservoirs d’eau creusés pour retenir l’eau et les quelques immenses rochers de granite qui parsèment étrangement la forêt environnante.

Le lendemain nous visitons Sigiriya et le fameux rocher du Lion. Cette ancienne capitale a succédé à celle que nous avons visitée aujourd’hui et a été construite par le roi Kasyapa dans un endroit improbable, au sommet d’un rocher inaccessible aux parois abruptes. 1860 marches à monter. Malheureusement il n’aura pas profité longtemps de sa forteresse, il s’est suicidé sur le champ de bataille alors qu’il combattait l’armée de son demi-frère qui lui reprochait d’avoir tué son propre père pour accéder au trône. A chaque roi, sa capitale et son successeur déplacera la capitale à nouveau dans la troisième cité que nous visiterons, Polonnaruwa. Cette fois nous sommes mieux préparés, avec nos chaussettes pour nous protéger des dalles chaudes et des cailloux. Nous visiterons également Dambulla et ses temples grottes où nous aurons presque la sensation de pénétrer dans un temple égyptien avec ses statues et ses fresques. Et puis tous ces éléphants gravés dans les pierres de lune, les pourtours des temples et dont nous croisons les descendants au détour des routes …









En trois jours, nous traversons 1500 ans d’histoire et nous commençons à comprendre le Bouddhisme, une quète du bonheur et de la vérité.
La journée a été chaude, très chaude. Benny nous a ramené à l’hôtel et après avoir plongé dans la piscine pour rafraîchir nos pieds nous sommes à table et profitons du dîner ensemble pour mon anniversaire. Depuis ce matin je suis reconnaissante de la chance que j’ai de fêter mon anniversaire au Sri Lanka avec ma famille.
Finalement si le secret du bonheur est de faire ce que tu aimes et le secret de la réussite est d’aimer ce que tu fais. Aujourd’hui j’ai réussi à être heureuse.

Du Spinoza ! Qui aime la vie vit dans la joie…
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